Itaëll
"Le serpent s'est enfui.
Le regard qu'il m'a jeté
Est resté dans l'herbe." Kyoshi
Un miroir. Dans se miroir un visage endormi. Longs cheveux bruns
ébouriffés et des yeux qui pétillaient déjà dans ce petit visage rond. Aiwë
secoua la tête pour finir de se réveiller puis s'aspergea le visage.
Aujourd'hui était un jour important. Nous étions au début du mois
de septembre et aujourd'hui, les élèves de Première se rendaient à la prison
dans laquelle ils vivraient trente-cinq heures par semaine - sans compter les
heures sup' -, jusqu'au mois de juin prochain. Aiwë entrait au Lycée Saint
François d'Assises dans une ville proche de Lannilis. D'après ce qu'elle en
avait entendue, c'était une école pas mal penchée sur la religion et remplie
de bourges. On verrait bien, de toutes façons.
"Ca ne sert à rien de se plaindre, se répéta-t-elle, ça ne
changera rien ! Allez, ma vieille, va falloir que tu fasses avec."
Elle s'examina une dernière fois dans la glace, cherchant un
défaut et, ne le trouvant pas, sortit de la salle de bain, laissant la place à
Nathaël, son frère.
***
Le car s'arrêta, faisant basculer en avant les jeunes déjà levés.
Suivit la cohue habituelle à la sortie d'un car. Aiwë regarda autour d'elle, se
sentait perdue au milieu de tous ces gens qui semblaient se connaître. Elle
entra dans l'établissement. Ah oui, tiens, c'était une école croyante,
constata-t-elle en apercevant une chapelle. Bon, du moment qu'on ne la forçait
pas aller à la messe ou à écouter un passage de la Bible…
Aiwë ne croyait pas en Dieu mais en
un dieu, une force qui régissait l'univers et la nature, qui empêchait toutes
choses de se détraquer. Ce n'était pas un dieu qui réclamait ses prières
quotidiennes ou qui dictait ses lois impartiales. C'était un dieu qui ne
cherchait que l'équilibre de la vie.
La jeune fille se dirigea vers un bâtiment et attendit que la
cloche retentisse pour se diriger là où tout le monde semblait converger. Un
homme, pas trop vieux mais plus très jeune non plus, prit la parole et répartit
les élèves dans leur classe respective. Aiwë se retrouva dans la seconde des
classes de Première Littéraire, une classe de parfaits inconnus dont il
faudrait qu'elle fasse la connaissance. Elle ne pensait pas avoir trop de mal,
les littéraires étaient généralement ouverts.
La classe monta derrière un professeur et s'installa dans une
classe vide où tout était propre et rutilant. Le professeur, M. Le Menn, fit
les présentations et distribua les places sans classement particulier mais en
prenant soin de mettre un garçon avec une fille à chaque table. Les places
devaient être conservées jusqu'à la fin de l'année.
Aiwë s'assit à la place qu'on lui avait désigné et attendit de
voir la tête de son futur voisin. Au nom d'Itaëll, un jeune homme aux cheveux
bruns revêches et à l'air sauvage sortit du lot. Il se dirigea d'un pas décidé
vers Aiwë et s'assit à côté de la jeune fille.
"Salut," sourit-elle.
Il la regarda de haut en bas puis détourna la tête.
"Salut." Et il ne bougea plus.
"Ouh, bonjour l'accueil," murmura-t-elle.
Elle s'attendait à mieux niveau communication. Légèrement déçue,
elle examina les différents élèves à la recherche de têtes sympathiques. Deux
filles bavardaient à l'autre bout de la classe et se firent rabrouer par le professeur.
Têtes basses, elles ne dirent plus un mot. Oui, elles avaient sympa. Aiwë essaierait
de se joindre à elle à l'intercours.
***
La cloche sonna. La porte d'une classe s'ouvrit et une vague
d'élèves s'écoula hors de la pièce. Aiwë sortit bonne dernière en compagnie des
deux jeunes filles qu'elle avait vu en première heure. L'une était brune, aux
cheveux longs et marchait avec une sorte de grâce innée. L'autre était plus
petite, les cheveux d'un blond tirant parfois sur le roux et plaisantait tout
le temps. Elles s'appelaient Naïa et Lenaïg. Aiwë se plaisait beaucoup avec
elles et s'était facilement intégré à leur petit groupe.
Tout en discutant du dernier film sorti - le Fabuleux destin
d'Amélie Poulain -, les trois jeunes filles sortirent du bâtiment et se
dirigèrent vers la sortie de l'établissement. Au parking où s'alignaient les
nombreux cars, Naïa partit vers la ville et la conversation entre Aiwë et
Lenaïg dériva sur le lieu où elles habitaient. Aiwë demanda soudainement :
"Hé, Lene, elle habite où Naïa ?
-
Hum, à Lesneven. Pourquoi ?
-
Ben, comme ça. T'es déjà allée chez
elle ?
-
… Non."
Le visage de Lenaïg prit un air triste mais elle se reprit vite et
s'exclama :
"Ah merde ! J'ai dépassé mon car à force de discuter avec toi
! Bon, bye Aiwë, on s'voit demain !"
Et elle s'en alla, laissant Aiwë continuer jusqu'à son car.
***
Et
l'habitude encra sa triste réalité dans la vie.
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